La revue « 60 Millions de consommateurs »

Elle a fait grincer les dents de nombreux pharmaciens. C'est pourtant un de leurs confrères qui y est chargé des essais comparatifs des produits concernant l'hygiène et la santé. Christian de Thuin n'est pas journaliste mais fait partie intégrante de l'Institut national de la consommation. Rencontre. Seul professionnel de santé parmi les 75 salariés de l'Institut national de la consommation (INC)*, Christian de Thuin est actuellement adjoint au chef du service technique. Plus concrètement, il coordonne les essais comparatifs ou les études techniques sur les cosmétiques et les produits de santé. Rien ne le prédestinait à un tel poste, si ce n'est son profil pluridisciplinaire. Détenteur d'une maîtrise de sciences en plus de son diplôme de pharmacien, il a choisi pour sa thèse un sujet se rapportant à la dermatologie (effets des antiandrogènes sur la peau). Et comme l'INC recherchait un pharmacien pour développer un secteur santé... « La polyvalence est de mise à l'INC, je travaille sur des médicaments, des cosmétiques mais aussi des produits diététiques et des accessoires », explique-t-il.

Rédaction de rapports d'étude. « Les meilleures crèmes solaires au banc d'essai », « Les préservatifs sont-ils enfin sûrs ? »... Derrière les dossiers du magazine se cache un travail rigoureux en amont, fruit de la collaboration du service technique avec les équipes juridique, économique et rédactionnelle. « Nous contribuons au choix des essais en fonction de la réglementation, de l'actualité, des problèmes de santé publique ou des évolutions de marché », rapporte Christian de Thuin. Sa mission ne s'arrête bien évidemment pas là ! Il participe également à l'élaboration du cahier des charges définissant les différents tests à réaliser, puis il procède au choix des laboratoires publics ou privés. Reste à définir l'échantillonnage des produits testés, assurer le suivi de l'étude et interpréter les résultats. Vaste programme réalisé dans un cadre déontologique cher à l'INC, conforme à la norme française des essais comparatifs. « Tous les produits sont achetés dans le commerce, au même titre qu'un consommateur lambda, et tous les fabricants reçoivent les résultats bruts des essais comparatifs avant publication », informe Christian. C'est à lui que revient l'établissement d'un rapport d'étude qu'il remet ensuite à un rédacteur chargé de le synthétiser pour le grand public. Les tableaux qu'il élabore sont en revanche publiés tels quels. Pour Christian, rien ne vaut la synergie du travail en équipe : « L'intérêt même de l'INC tient à sa diversité de métiers. Je suis en relation permanente avec les juristes, les documentalistes ou le monde de la presse, et c'est vraiment stimulant. » Faire évoluer les normes.

Outre des tests comparatifs, Christian de Thuin est amené à réaliser des études techniques basées sur la bibliographie scientifique et les avis d'experts, comme ce fut le cas en janvier dernier pour les antitussifs. Pour certaines enquêtes comme celle intitulée « Comment les pharmaciens vendent les médicaments ? » (janvier 2002), en partenariat avec l'Assurance maladie, Christian sort du cadre purement technique pour une analyse sociologique des comportements. Les essais ne constituent en fait qu'une partie des missions que Christian de Thuin effectue. « En effet, les études représentent la situation d'un produit à l'instant T. Fort de cet état des lieux, l'INC se doit de faire évoluer les normes et la réglementation. » Première étape : assurer la diffusion de l'information, c'est-à-dire intervenir dans les émissions télévisées Conso Mag ou participer à des débats en rapport avec les dossiers étudiés. Le second volet du passage à l'action, moins médiatique mais crucial, se déroule au sein de plusieurs commissions dont celles dédiées à la normalisation pour les produits de santé. Christian de Thuin y représente l'INC en ce qui concerne les produits dentaires. « Nous désirons par exemple améliorer les normes pour les dentifrices destinés aux enfants, car l'étude effectuée par 60 Millions de consommateurs l'année dernière a mis en évidence leur abrasivité. » L'Europe en ligne de mire.

Autres axes de concertation : la normalisation des contraceptifs mécaniques et préservatifs ainsi que celle des produits cosmétiques, au niveau français mais aussi à l'échelle européenne et même internationale (normes ISO). « La dimension européenne s'impose désormais, je ne peux concevoir d'étudier un dossier sans me préoccuper de la réglementation européenne », constate Christian de Thuin. S'il n'a pas de formation stricte en droit de la santé, il joue la complémentarité avec ses collègues juristes. Résolument passionné par l'aspect international de son métier, il réalise beaucoup d'essais en commun avec ses homologues étrangers pour mutualiser les études comparatives, quitte à effectuer un échantillonnage commun et un autre spécifique à chaque pays. « A l'heure des multinationales, il me paraît très important que les consommateurs de différentes nationalités s'unissent et développent des coopérations pour catalyser les moyens limités que nous possédons localement », assure-t-il.

Dans le souci permanent d'informer objectivement les consommateurs, notre pharmacien les représente aussi dans plusieurs groupes de travail au sein du Conseil national de la consommation (CNC). Ses efforts sont loin d'être vains puisqu'après un dossier « explosif » sur les crèmes solaires paru dans 60 Millions de consommateurs, le CNC a rendu un avis se positionnant en défaveur de la mention « écran total » sur les solaires. « Mais il reste encore beaucoup à faire sur l'étiquetage des produits cosmétiques », lance Christian. Autre chantier en cours au CNC, et non des moindres : la parapharmacie et les frontières du monopole pharmaceutique. A suivre... En attendant, Christian continue ses tests et ses analyses, n'en déplaise à certains fabricants... Prochains produits sur le sellette : les teintures capillaires.